L’aéronautique survivra, l’Europe est à la manœuvre… C’est une industrie vitale pour le monde d’après ! Toulouse par contre va subir une crise économique sans précédent…

Préserver l’emploi…  Les paroles ne suffiront plus à éviter que la pire crise jamais connue par l’aviation civile, ne fasse des ravages en termes d’emplois dans notre région. Les premières victimes sont les compagnies aériennes, les aéroports qui les accueillent, ainsi que les acteurs majeurs et les sous-traitants de cette industrie qui fait la richesse et la fierté de notre région, l’Occitanie.

J’ai toujours voulu dire la vérité.

La chercher d’abord, c’est une évidence, en comprendre les causes ensuite, et surtout l’exprimer, même si elle est cruelle, pour que tout soit mis en œuvre pour éviter le pire.

Attendre que le salut vienne par enchantement n’est pas pour moi une option.

Tout ne sera pas facile à dire, mais il sera indispensable de l’entendre.

Restons sérieux et efficaces…  Ce ne sont pas les multiples rapports, émanant des uns et des autres, qui changeront les choses. J’ai suffisamment critiqué ce mal quelque peu français, de produire des rapports sur tout et n’importe quoi, pour ne pas y succomber quand on parle de sujets aussi sérieux que la sécurité, les banlieues, le logement, ou l’avenir de l’aéronautique…

C’est pour dire ces vérités, parfois cruelles, que j’ai été élu, et pas pour endormir les peurs avec de courtes analyses aux lendemains qui déchantent. D’autres l’ont fait et cela m’a toujours indisposé.

«C’est toute la filière économique dépendant du transport aérien qui est en danger, voilà le postulat. Toulouse est en première ligne».

Les 15 milliards dégagés au niveau national sont une étape indispensable, Emmanuel Macron et son ministre Bruno Lemaire ont agi rapidement pour fixer le cap, mais il faut aller encore plus loin. Il

faut accepter que ces 15 milliards puissent irriguer tous les sous-traitants qui en ont un besoin vital, les 2/3 doivent permettre de sauver l’emploi de toute la filière.

Le risque est grand… C’est près de 110 000 emplois directs dans le grand Sud, dont 40 000 dans le seul bassin toulousain, qui sont concernés, et plus de 800 entreprises innovantes sont plongées dans l’incertitude. Le nombre de métiers induits par cette industrie est considérable, des filières entières, pourvoyeuses d’emplois qualifiés risquent leur avenir dans les prochains mois.

Toulouse risque d’en payer le prix fort, il faut donc que tous ensemble nous agissions avant que l’irréversible ne se produise. Tous les élus, et il n’y a pas d’échelon, doivent unir leurs efforts pour parler d’une seule voix à l’unisson de celles du Ministre des finances, impliqué et en première ligne, et du Président de la République qui au niveau européen déploie une forte énergie que nous souhaitons salutaire.

AIRBUS, fleuron européen, avec ses sous-traitants, rentre dans une zone de turbulences, et les perspectives sont alarmantes…

Un plan drastique est annoncé… 40 % d’activité en moins pour AIRBUS, c’est une réduction d’activité programmée à un niveau jamais atteint, jusqu’au moins en 2025, pour «passer le trou d’air».

En quelques mois, on passe du meilleur au pire.

Mes inquiétudes, je veux les partager avec vous, le grand plan européen de relance ne doit pas cacher la réalité de l’âpreté de la compétition, l’Allemagne vient rarement pour rien sur le terrain économique…

750 MILLIARDS d’euros de dettes collectives, validées par la première économie de la zone, jusqu’ici réticente à tout endettement européen, peut faire réfléchir ceux qui restent lucide.

C’est une avancée, évidement, mais il ne faudrait pas qu’elle ait un prix exorbitant à payer pour le «bassin Toulousain» …

Qui en paiera le prix ? Tout cela évidemment aura un coût, ne nous y trompons pas, chaque projet européen fera désormais l’objet d’âpres tractations, des agences européennes aux chaînes de montage. Ceux qui se réjouissent trop vite des effets d’annonce peuvent un jour déchanter. L’aéronautique ne doit pas être la variable d’ajustement politique, le «bassin toulousain» est en première ligne.

Mais attention, ne commettons pas en plus l’erreur de nous saborder nous-mêmes, en mettant en péril une filière entière pourvoyeuse d’emplois qualifiés, au nom d’énergies futures qui ne sont toujours pas disponibles. L’exigence environnementale ne justifie pas la mise à mort d’une filière économique qui depuis des années progresse dans les efforts en faveur de l’environnement. Pour poursuivre le chemin de la transition écologique, il faut de l’activité et les moyens qui vont avec.

Ce qui n’existe pas encore ne pourra pas sauver une filière… On parle d’avion vert, à l’horizon 2035, ce qui est très court en «temps aéronautique», ce sera une très bonne chose quand la communauté mondiale en disposera.

Mais d’ici là, c’est toute une filière qui doit pouvoir vivre de son activité. L’aviation fait partie de ces industries qui ont changé le

monde, en faisant progresser la technique et la technologie dans tous les domaines… C’est une industrie qui innove, gravissant chaque marche, sans avoir attendu personne pour s’appliquer cette exigence environnementale que tous réclament aujourd’hui.

L’hydrogène est une piste sérieuse dont cette industrie doit s’emparer sans tarder, et il est grand temps qu’une partie significative du chiffre d’affaires et des bénéfices, y soit consacrée.

On n’a jamais basé, et on ne basera jamais sérieusement une filière entière, qui concerne 110 000 personnes dans notre région, sur un produit qui à ce jour n’existe pas.

Rien n’est jamais acquis, nous le savons, ensemble nous devons dynamiser l’avenir du bassin toulousain…

«Nos forces doivent être conjointes pour que TOULOUSE reste le pôle aéronautique européen que des générations d’ingénieurs et d’ouvriers qualifiés ont réussi à hisser à la place qui est la sienne».

Pour ma part, avec vous, je n’entends pas ménager ma peine.

Pierre Cabaré / Député de la Haute-Garonne