Le projet de réforme des retraites… vue d’Occitanie / publié le 16.12.2019

« Le courage en politique peut encore changer les choses. »

Le projet de retraite universelle que portent ce gouvernement et sa majorité en est l’illustration. J’en suis le premier convaincu. Et je défendrai cette réforme utile avec obstination. Je ne me suis pas lancé en politique pour changer ma vie, mais pour essayer d’améliorer la vôtre, c’est ma seule obsession désormais. Toute ma détermination est consacrée à cette tâche.

Voilà la grande réforme qui fait avancer les choses, qui bouge les lignes, même les lignes rouges que le corporatisme décrète pour ne pas mécontenter sa base, réforme redoutée par certains mais attendue par une large majorité de Français. Elle était dans le programme présidentiel… Elle est surtout indispensable…

Certains nous ont reproché la durée de la concertation, d’autres le temps nécessaire consacré à la consultation, puis la brutalité d’une décision, trop rapide pour d’autres, parfois les mêmes, devant les mêmes micros, car en politique le ridicule tue rarement. Ne rien faire aurait été si simple. A cette tentation facile, notre majorité n’a pas succombé, je m’en félicite. Pour ma part, je n’en suis pas déçu. Je suis entré dans l’arène politique pour accomplir de vrais changements.

« Dans l’ADN de la République en Marche, il y a ce courage qui a fait tant défaut jusqu’ici. »

Ne rien faire comme cela était la règle avant, à part alourdir la barque à coups de réformettes discrètes, mais lourdes de conséquences, pour passer discrètement des échéances financières, mais aussi des échéances électorales, aurait pu continuer longtemps. Pas avec Emmanuel Macron, pas avec sa majorité.

Faisons un peu d’archéologie politique… Sans remonter au Conseil National de la Résistance qui prévoyait déjà un Régime Universel que certains à l’époque ont refusé. Mais remontons un instant le temps du « monde d’avant ». Balladur et ses 25 meilleures années pour amputer les retraites de ceux qui avaient eu un parcours professionnel chaotique… Avant c’était 10 ans, ça épousait les aléas de la vie, ça permettait d’explorer des expériences professionnelles, d’un trait de plume par « la réforme de 1993 », c’est 25 ans… Puis plus rien…

Raffarin premier ministre y revient en 2003, et son allongement discret avec Fillon comme ministre aux manettes, allongement à 40 ans de la durée de cotisation, pour le privé uniquement, sans oublier au passage de désindexer les pensions de l’augmentation des salaires, pour se calquer sur celle des prix… Alors que les pensions sont issues d’un salaire… Puis on passe au suivant ! Efficace comme réforme ? Dès 2006, on ne peut que constater qu’il manque un milliard d’euros pour financer le système…

Sarkozy et son passage à 62 ans. Juste 12 trimestres de plus d’un autre trait de plume.

Des contreparties à tout ça ? Surtout pas, toujours un fardeau posé sur les épaules des plus fragiles… Mais on laisse les autres tranquilles, c’est aussi ça le courage politique. Et les fameux régimes spéciaux dans tout ça, tous ces garants de l’équité qui y sont allés de leurs « réformes », ont-ils pensé à les inclure ?… Pas touche, il ne faut pas réveiller la machine à privilèges qui est prête à paralyser tout un pays pour les conserver.

Même Hollande avec la réforme Touraine (2013) a lissé avec rondeur l’allongement des cotisations, à coups de trimestres successifs, indolores mais bien efficaces, ce qui fait qu’une grande partie de la population, doit aujourd’hui attendre 67 ans pour toucher une retraite à taux plein, même si ce plein est bien vide parfois, pour les femmes et pour les plus fragiles…

« Si depuis plus de 30 ans, durant lesquels on a cherché tous les moyens pour éviter d’avoir à se frotter à ce problème,

on avait fait le nécessaire, cette réforme ne serait plus à faire. »

Les mêmes par contre qui n’ont rien fait, viennent sans pudeur critiquer ce qui se fait pour la première fois, une réforme systémique, où rien n’est oublié, où rien n’est éludé. Et comme souvent, il ne manquera pas de pyromanes, responsables d’une telle situation, pour venir accabler les valeureux pompiers.

Enfin une vraie réforme visionnaire et juste à la fois. « Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire » : l’ancien conseiller municipal de Toulouse, Jean Jaurès, avait fait sienne cette devise… Dans son discours à la jeunesse en 1903.

Au fil du temps, de renoncements en renoncements, beaucoup l’ont oublié, surtout dans le monde politique. Le courage, c’est aussi pour les élus de prendre les décisions au moment où il faut les prendre. Mais il faut des décisions justes, équitables, nécessaires, indispensables, bien loin de ces « réformes aveugles » que les Français ont subies jusqu’ici.

Ces quatre objectifs sont atteints dans ce projet. Et ce n’était pas facile de tous les concilier. Je sais que vous lirez tout et n’importe quoi au fil des semaines et des mois qui arrivent, mais certains faits resteront têtus, quoi qu’en disent les détracteurs qui ne reculeront devant rien.

« D’abord, on répare des injustices. »

On revient à l’indexation des pensions sur les salaires, et non plus sur les prix, c’est loin d’être sans conséquences à l’heure des prêts à taux zéro, c’est d’ailleurs pour cela que le gouvernement Raffarin l’avait supprimée, pour faire des économies. En rétablissant cela, on décide de ne plus économiser sur les pensions. C’est une avancée décisive vers l’équité.

On ne verra plus des femmes et des précaires, obligés d’attendre 67 ans pour faire valoir leurs droits à la retraite, ces longues années de galère, où l’on va de petits boulots en périodes de chômage, parfois à un quasi-assistanat, juste pour arriver à l’âge fatidique… Age décrété dans un cabinet ministériel, déconnecté de la vraie vie. Et que répond la droite, pourtant si active au moment de créer ce déséquilibre, face à ce changement indispensable ? « La décote créera des retraités pauvres. »

Non, ce que je vois, c’est qu’à 64 ans, soit 3 ans avant pour tous, les plus fragiles auront des droits qu’aujourd’hui ils n’ont pas. Pour ce seul changement, j’applaudis cette audace. Et il faudra se poser la question au Parlement, et je la poserai, de prévoir si on ne pourrait pas devancer l’application de cette mesure pour les volontaires non concernés par la réforme, qui restent de nos jours prisonniers de tant d’imprévoyance.

C’est vrai que pour économiser, on pouvait se passer de cette proposition. On propose 1000 € minimum de pension : peut-on vivre dignement avec moins ? La réforme sanctuarise cette évidence. Cette réforme est nécessaire.

On nous dit aussi qu’avec l’âge porté à 64 ans pour prétendre à un taux plein sans décote, les travailleurs dits « seniors » vont encore galérer, car le taux d’emploi est particulièrement faible pour cette tranche d’âge. C’est vrai, et le patronat devra aussi prendre ses responsabilités, mais on oublie de préciser que ce chômage qui peut persister encore, dans notre réforme, il ouvrira des droits qui ne sont pas ouverts aujourd’hui…

« C’est ça une réforme juste, mais l’équité, c’est aussi qu’il n’y ait plus de régimes spéciaux. »

Simplement, le dire est déjà la preuve d’une volonté politique sans précédent… Le faire sera d’une complexité encore plus grande ! Y renoncer serait d’une lâcheté sans nom ! Nous avons été élus pour prendre de telles décisions, pour les porter, pour les voter, pour les expliquer sans relâche. Il faut consacrer plus de 7 milliards d’euros par an, amputés au budget de l’Etat, pour simplement permettre à ce régime d’un autre temps de perdurer au bénéfice de quelques-uns.

Plus de 7 milliards enlevés aux politiques sociales, à l’hôpital, à l’école, aux aides environnementales, entre autres… Pour 18 millions d’actifs qui les financent, 500 000 personnes gardent ce statut dérogatoire.

Que répond une certaine gauche à cela ? Que les milliards, on n’a qu’à les prendre aux riches… Robin des Bois y avait déjà pensé. Bien sûr, c’est évident, et c’est surtout facile, mais dans le budget d’un état protecteur, avec un tel niveau de protection sociale et une telle solidarité, avec un tel montant consacré à la redistribution, il vaut mieux prévoir les recettes avec sérieux et avec détermination, on est toujours le riche de quelqu’un quand on veut s’exonérer d’une obligation solidaire.

Notre modèle social a un coût que l’on doit assumer à chaque budget voté. Sans complaisance et sans lâcheté.

« Désormais, tout le monde sera traité de la même façon,

c’est d’une telle évidence qu’on a du mal à imaginer que cette réforme restait encore à faire. »

Un euro cotisé ouvrira le même droit pour tous, j’ai été élu sur cette promesse de campagne d’Emmanuel Macron, que j’ai faite mienne, et que je défendrai au moment où cette transformation majeure est enfin possible. Finis les trimestres artificiellement perdus au fil d’une carrière professionnelle agitée. Je voterai la disparition programmée des régimes spéciaux, avec le temps nécessaire pour que la transition ne pénalise personne.

Il est hors de question de stigmatiser ou de créer un conflit artificiel d’un autre temps. Dans une grande démocratie, tout le monde a les mêmes droits, la retraite ne peut pas échapper à ce postulat qui est la base du contrat social Ce volet de la réforme était indispensable, il se fera. Quant à la valeur du point, n’ayant trouvé rien d’autre à contester, certains veulent nous entraîner dans un débat stérile. Le point sera fixé par les partenaires sociaux et par le Parlement : qui mieux que les plus concernés et les plus légitimes, pour garantir une transparence sur la fixation de son montant ?

Les points existent déjà dans notre système des « complémentaires », y voit-on un problème quand ils abondent fortement la maigre retraite de base qui est parfois versée ?

« Et surtout, pour bien rassurer ceux qui, de bonne foi, douteraient encore que, dans ce nouveau système universel,

tous les Français seront désormais au même niveau de droits et de devoirs… »

Qu’un gouvernement téméraire essaie de diminuer la valeur du point… Il aura alors face à lui, les cheminots, la RATP, les professionnels de santé, les agriculteurs, les routiers, les enseignants, les employés et les ouvriers, unis dans un même combat fraternel, pour défendre leur système unique, ce qui sera le meilleur garde-fou contre toute volonté d’abaisser la valeur du point fixé par les partenaires sociaux.

La réforme est connue, il convient maintenant de la faire appliquer pour le bien de tous, je resterai à votre écoute pour porter votre voix à l’Assemblée Nationale.

Pierre Cabaré / Député de la Haute-Garonne

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