Pierre Cabaré cosigne un courrier de soutien aux organisateurs de spectacles vivants / publié le 16.04.2021

Le 7 avril 2021, j’ai cosigné une lettre adressée à Mme Roselyne Bachelot, Ministre de la Culture, à l’initiative de mon collègue député Alexandre Freschi, afin d’attirer son attention sur la gravité de la situation des organisateurs de spectacles vivants : en effet, mettre en place un spectacle nécessite de l’anticipation, et donc de la visibilité, de la trésorerie, des prévisions de recette, etc. Or, ces acteurs du spectacle vivant, dont les productions apportent aux citoyens tant de rêve, d’espoir et de joie, en ces temps moroses, sans parler des fortes retombées économiques locales que génère tout festival, ont aujourd’hui besoin pour pérenniser leurs productions d’un soutien accru, malgré tout ce qui a déjà été mis en place en leur faveur. Voici le texte intégral de cette lettre :

« Madame la Ministre,

Tout d’abord, nous tenions à vous adresser tous nos vœux de prompt rétablissement.

La crise sanitaire, économique et sociale que notre pays traverse a plongé le monde de la culture dans une situation dramatique sans précédent, et ce malgré les perspectives de reprise progressive que vous avez récemment annoncées.

A l’arrêt depuis plus d’un an, certains secteurs de la culture peinent à imaginer un avenir radieux face aux différents obstacles qui continuent de se dresser chaque jour un peu plus devant eux. C’est notamment le cas du spectacle vivant dont la capacité de résilience et la volonté d’adaptation constante face à la crise ne sont plus à démontrer. Si, depuis le début de la crise, l’Etat a toujours été aux côtés de ce secteur, et plus généralement aux côtés du monde de la culture – ce qu’il est important de saluer – l’heure est désormais venue de préparer l’après.

Le 18 février dernier, lors d’une réunion avec le monde du spectacle vivant, vous avez confirmé qu’il y aurait bien une «saison des festivals» en 2021. C’est une nouvelle réjouissante à la fois pour les professionnels du spectacle vivant mais aussi pour tous les Français, attachés à ces événements uniques qui font partie intégrante de l’identité de nos territoires. Après plus d’un an de crise, le besoin d’épanouissement des citoyens ne peut pas être mis de côté. Leur permettre de sortir d’un quotidien morose, grâce à une manifestation culturelle aux valeurs fédératrices, est évidemment un acte fort, que nous soutenons. En outre, avec plus de trente millions de spectateurs annuels et près de cinq milliards d’euros de retombées économiques directes et indirectes par an, les festivals représentent bien souvent la pierre angulaire de nos économies touristiques.

Néanmoins, vous avez posé plusieurs conditions pour permettre la tenue des festivals cet été, et notamment: une jauge maximale de 5000 personnes, qui devront être assises, dans le respect des règles de distanciation. Un fonds de compensation de 30 millions d’euros sera mis à disposition des organisateurs pour leur permettre de s’adapter. C’est évidemment une avancée importante.

Cependant, si certains festivals pourront remplir ces nouveaux critères – assumant néanmoins des pertes non négligeables et ce malgré le fonds, d’autres ne le pourront pas pour des raisons économiques, d’une part, et artistiques, d’autre part.

Le festival Garorock, qui se tient à Marmande, a déjà annoncé l’annulation de son édition 2021, tout comme celui du Hellfest, les jauges assises étant totalement éloignées de leur esprit initial. Les annulations se succèdent et, chaque jour, des organisateurs font part de leurs doutes, oscillant entre espoir et résignation.

Bien entendu, chacun comprend l’incertitude qui pèse sur les mois à venir. Pour autant, le spectacle vivant a besoin de visibilité pour survivre, et notamment le spectacle vivant privé composé à 99% de Petites et Moyennes Entreprises (PME), dont le modèle économique repose quasiment exclusivement sur la billetterie. D’après le Prodiss, syndicat national du spectacle musical et de variété, 51% des entreprises seraient menacées par une procédure collective en 2021.

Vous avez annoncé, il y a quelques jours, qu’un desserrement des jauges serait certainement possible, et que des formats mi-assis, mi-debout voir debout seraient envisageables. C’est évidemment une excellente nouvelle mais qui doit être rapidement suivie d’actes. Les organisateurs ont des délais incompressibles et ne peuvent pas se permettre d’attendre la dernière minute pour connaître les conditions dans lesquelles ils pourront organiser leur festival.

Aussi, face au flou intrinsèque à cette pandémie, il nous parait absolument essentiel d’avoir, d’une part, un discours clair pour les festivals à venir, et d’autre part, des mesures d’accompagnement adaptées aux spécificités du secteur du spectacle vivant.

Les dispositifs d’accompagnement déjà mis en place répondent à une situation de l’immédiat. Or, il s’agit d’un moment difficile, inédit et exigeant qui aura des conséquences à moyen et long terme. L’hétérogénéité du secteur, tout autant que l’équilibre financier des structures du spectacle vivant, doivent mobiliser des moyens à la hauteur véritable des enjeux. Aussi, plusieurs mesures transversales méritent d’être prolongées comme la prise en charge du dispositif d’activité partielle au-delà du 30 juin 2021, ou les exonérations des cotisations sociales patronales jusqu’au 1er juillet 2021. En parallèle, il est aussi urgent de préparer l’avenir en réfléchissant à des mesures sectorielles plus spécifiques, comme le renforcement du Crédit d’Impôt Spectacle Vivant (CISV) ou l’intégration du spectacle vivant dans les évolutions que pourrait connaître le plan de relance.

Gouvernement, parlementaires, acteurs du spectacle vivant, Française et Français se rejoignent sur l’impérieuse nécessité de faire vivre la culture. Et pour cela, les professionnels qui la structure, l’organise, la font vivre au quotidien, doivent être protégés et accompagnés dans un moment aussi difficile.

Sachez, Madame la Ministre, que nous, députés, sommes prêts à vous aider pour trouver les dispositifs les plus adaptés au spectacle vivant, et ce d’autant plus à un moment où le Premier ministre a rappelé l’importance et la pertinence d’avoir une stratégie territorialisée et pragmatique face à la crise. Nous pouvons et même nous devons l’illustrer à travers la culture !

Nous vous prions de recevoir, Madame la Ministre, l’expression de notre très haute considération. »

Alexandre FRESCHI (Député de Lot-et-Garonne) – Corine VIGNON (Députée de Haute-Garonne) — Graziella MELCHIOR (Députée du Finistère) – Annie BRUGNERA (Députée du Rhône) – Didier LE GAC (Député du Finistère) – Florence PROVENDIER (Députée des Hauts-de-Seine) – Stéphane BUCHOU (Député de la Vendée) – Mireille ROBERT (Députée de l’Aude) – Pierre CABARÉ (Député de Haute-Garonne) – Olivier DAMAISIN (Député du Lot-et-Garonne) — Jean-Claude LECLABART (Député de la Somme) – Jean-Michel MIS (Député de la Loire) – Jacqueline DUBOIS (Députée de Dordogne) – Véronique RIOTTON (Députée de la Haute-Savoie) – Nadia ESSAYAN (Députée du Cher) – Carole BUREAU-BONNARD (Députée de l’Oise) Stéphanie KERBARH (Députée de Seine-Maritime) – Danielle BRULEBOIS (Députée du Jura) Sylvain TEMPLIER (Député de Haute-Marne) – Sandrine LE FEUR (Députée du Finistère) – Pierre VENTEAU (Député de la Haute-Vienne) – Stéphane TRAVERT – (Député de la Manche) – Jean-Claude COLAS-ROY (Député de l’Isère) – MargueriteDEPREZ-AUDEBERT (Députéedu Pas-de-Calais) – Yves DANIEL (Député de Loire-Atlantique) – Xavier BATUT (Député de la Seine-Maritime) – François CORMIER-BOULIGEON (Député du Cher) – Monica MICHEL (Députée des Bouches-du-Rhône).

Pierre Cabaré / Député de la Haute-Garonne

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