Non à l’écotaxe sur le transport aérien ! / 25.09.2020

Mon collègue Jean-Luc Lagleize, Député de la Haute-Garonne, avec lequel je partage la coprésidence du Groupe d’Etudes Aéronautique et Spatial à l’Assemblée Nationale, m’a proposé le 25 septembre 2020 de cosigner son excellente tribune « Non à l’écotaxe sur le transport aérien » dont voici le texte original :

« L’industrie aéronautique est l’un des fleurons de l’industrie française les plus touchés par la crise économique. Ce fleuron représente 58 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 34 milliards d’euros d’excédents commerciaux et génère 300 000 emplois directs et indirects, non seulement à Toulouse, mais dans tous les territoires de notre pays. Le savoir-faire et les compétences d’excellence de notre pavillon font briller notre pays sur la scène européenne et internationale puisque la France est l’un des seuls pays au monde à être capable de construire des avions civils, des avions militaires et des hélicoptères ! Mais l’écroulement du transport aérien dans le monde a engendré un coup d’arrêt brutal pour cette industrie. Le plan de soutien du Gouvernement de 15 milliards d’euros est à la hauteur des enjeux, mais il ne pourra malheureusement durer qu’un temps. L’industrie aéronautique de notre pays va donc devoir ajuster sa production à la santé du transport aérien. C’est pourquoi toutes les mesures qui permettront une relance rapide de ce secteur sont bienvenues, d’autant que le rebond de la crise sanitaire éloigne un peu plus chaque jour les perspectives de redémarrage. Dans ce contexte de très grande fragilité, la Convention citoyenne pour le climat propose à juste titre de diminuer les gaz à effet de serre émis par le transport aérien. Plusieurs recommandations sont à saluer, comme la compensation des émissions qui ne pourraient être éliminées par des puits de carbone ou encore le soutien au déploiement d’une filière de biocarburants pour les avions. Toutefois, d’autres propositions s’avèrent contre-productives pour les secteurs de l’aéronautique et du transport aérien français. Parmi ces mesures qui participent au flygskam (« honte de prendre l’avion » en Suédois), la perspective d’une écotaxe sur le transport aérien est une véritable aberration économique et un contresens écologique. Aberration économique car elle aggraverait les difficultés du secteur. Une telle écotaxe coûterait plus de

 150 000 emplois directs au transport aérien et à l’aéronautique en France, selon une étude d’impact réalisée par la Direction générale de l’aviation civile (DGAC). En outre,cette mesure reviendrait à récupérer en partie les aides versées dans le cadre du plan de soutien à la filière aéronautique. Contresens écologique car le secteur aérien a besoin de financements pour investir massivement en faveur de la décarbonation et de la transition énergétique. Plutôt que d’ajouter de nouvelles taxes qui viendraient obérer la capacité à investir, nous devons accompagner et inciter à l’accélération de ce virage écologique.Il convient ainsi d’accompagner le secteur de l’industrie aéronautique vers la réduction de la consommation de carburant, l’électrification des appareils et l’expérimentation de carburants neutres en carbone comme l’hydrogène. Les récentes annonces d’Airbus nous prouvent d’ailleurs la volonté de nos fleurons de saisir cette opportunité unique afin de faire face au défi de la transition écologique, en proposant des aéronefs neutres en carbone dès 2035. Il convient aussi d’accompagner nos compagnies aériennes à décarboner leurs flottes en investissant dans des avions de moins en moins polluants dès aujourd’hui, puis au fur et à mesure des avancées technologiques. Attention également aux fausses bonnes idées populaires, voire populistes, comme l’interdiction des lignes aériennes lorsqu’une alternative ferroviaire existe en moins de 4h (voire moins de 2h30): les prochains avions électriques seront dans un premier temps de petits modèles qui emporteront peu de passagers. Ces avions doivent pouvoir être testés en exploitation réelle pour permettre des sauts de capacité, et ce sont justement les petites lignes que certains veulent interdire qui seront les lignes d’accueil de ces avions vertueux. Nous pouvons avoir demain une planète plus verte avec des déplacements en avion ayant zéro émission entre des aéroports à énergie positive. Des déplacements bien moins polluants que certains autres nécessitant des infrastructures terrestres lourdes et coûteuses. Cessons donc de promouvoir une écologie punitive et accompagnons notre industrie aéronautique et nos compagnies aériennes vers la décarbonation par l’incitation et la responsabilité ! ».

Pierre Cabaré / Député de la Haute-Garonne

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