Il nous faut du courage pour affronter la situation actuelle, et je sais que les Français, dans leur immense majorité, n’en manquent pas. Nous vivons un moment de nos vies que peu de personnes ont vécu, et que personne ne pouvait prévoir.

Bien sûr, les plus exposés sont exemplaires. Je pense évidemment aux personnels de santé, aux forces de sécurité, aux soldats du feu, à la Justice, mais aussi autour de nous, aux forces sociales et économiques indispensables à la bonne marche de notre quotidien. Tous font preuve d’un dévouement qui force notre respect. C’est dans l’épreuve que les vrais caractères se révèlent, aucun d’entre eux ne fait défaut. Rien n’est simple, mais le respect qu’on leur doit,

devrait imposer la dignité face à ce sacrifice. Mes pensées vont aussi à tous ceux qui souffrent ou que ce mal terrible a endeuillés. Les maisons de retraite méritent également un grand coup de chapeau, car là encore, le personnel a relevé avec beaucoup de professionnalisme le défi de cette crise sanitaire.

La classe politique, dans sa grande majorité, a su faire taire ses différences pour respecter l’unité nationale. La trêve nécessaire semble hélas de courte durée, certains trépignent déjà, les mêmes qui criaient haut et fort que reporter les élections municipales serait une forfaiture, exigent un confinement guerrier.

« Le temps viendra de faire l’analyse que la démocratie nous impose. »

Par contre, je ne me résous pas à voir certains responsables politiques faire des médications médiatiques. Chacun son rôle. Les médecins sont les mieux placés pour prescrire quoi que ce soit. Ce mélange des genres n’est plus tolérable. Comme ceux, toujours les mêmes, qui veulent un couvre-feu général ou envoyer l’armée à la moindre occasion. D’ailleurs, un tour d’horizon du monde suffit à

s’en rendre compte. Les seuls qui font encore comme si les mots, les discours, pouvaient remplacer les actes, sont les grands démagogues dont de grands peuples se sont dotés pour les gouverner… Et face à eux, on n’est pas mécontents d’avoir fait le choix que nous avons fait il y a bientôt 3 ans !

« Faisons attention, c’est bien de démocratie dont il s’agit. On ne doit pas jouer avec elle pour grignoter quelques minutes d’exposition médiatique. »

Trump aux Etats-Unis, qui ne comprend pas encore à quoi sert un confinement, et qui parle de « virus chinois », et qui est prêt à ne pas compter les morts pour consolider la bourse de New York. Son « quoi qu’il en coûte » ne concerne que les victimes à venir. Bolsonaro au Brésil, qui pense que c’est un complot médiatique. Et Erdogan, qui croit que la Turquie est une île où la maladie n’accostera jamais…

Avec le populisme, on peut masquer beaucoup de choses dans beaucoup de domaines, mais c’est sans efficacité face à une épidémie. La Grande-Bretagne, avec Boris Johnson, s’est ressaisie à temps. Dans de telles circonstances, les commentaires sont sans effets, la France est en guerre, comme l’a martelé Emmanuel Macron.

C’est à la hauteur de ce défi à relever que nous devons nous placer.

Aussi, quand je vois les commentateurs permanents, à longueur d’informations continues, des pseudo-spécialistes, se déchirer sur ce qu’il fallait faire, ou sur ce qu’ils auraient fait, une fois l’épidémie déclarée, car avant, les mêmes étaient d’un silence assourdissant : j’ai un goût amer devant autant d’indécence, face au malheur qui nous touche tous. Droit d’informer oblige : une grande nation ne peut s’offrir à longueur d’antenne une telle démobilisation. Informer est un devoir, commenter outrancièrement comme on le voit, devient insupportable.

« Une chose est sûre, il en va de la démocratie »

Il faut laisser les dirigeants agir, car eux seuls ont toutes les informations nécessaires. Eux seuls disposent des moyens globaux, pour intervenir à l’échelle d’une Nation. La France, qui va du Pacifique à l’Océan Indien, en passant par les Antilles et l’Amérique du Sud, porte, par sa place au cœur de l’Europe, l’espoir d’un continent bien trop frileux jusqu’ici en matière de santé publique.

On est en guerre, c’est nouveau pour nous et on ne sait pas toujours quoi faire. Mais une chose est certaine : en période de guerre, on ne tend jamais le micro à l’ennemi.

Pierre Cabaré / Député de la Haute-Garonne