Les conditions du transport d’animaux par mer sont-elles assez contrôlées ? question écrite 30499 publiée au JO du 23.06.2020

Texte de la question écrite au Gouvernement (question n°30499 publiée au JO du 23.06.2020) :

M.  le Député Pierre Cabaré attire l’attention de M. Didier Guillaume, Ministre de l’agriculture et de l’alimentation,  sur les conditions de transport et d’exportation des animaux vivants par voie maritime. Chaque année, 3 millions d’animaux sont exportés par bateau d’Europe vers les pays tiers, dont plus de 150 000 bovins, ovins et caprins partant du port de Sète. Les animaux sont souvent chargés sur d’anciens car-ferries et cargos transformés en navires de transport de bétail. Mal conçus et mal entretenus, ces cargos présentent de nombreux risques de blessures et les systèmes d’abreuvement, de ventilation et de drainage, insuffisamment inspectés, ne sont pas toujours en bon état de fonctionnement.

Les trajets peuvent durer jusqu’à 15 jours, au cours desquels les animaux sont notamment exposés au stress thermique lié aux variations de températures et aux fortes densités, au manque de nourriture et d’eau, et à des risques de maladies infectieuses. Ces conditions de transport désastreuses peuvent mener jusqu’à la mort des animaux à bord. Si le règlement (CE) n° 1/2005 énonce à l’article 3 que « nul ne transporte ou ne fait transporter des animaux dans des conditions telles qu’ils risquent d’être blessés ou de subir des souffrances inutiles », force est de constater, d’après des audits réalisés par la Commission européenne en 2017 et 2018, que cette réglementation souffre de nombreuses et récurrentes violations au détriment de la protection des animaux lors des transports.

Le rapport d’audit 2019-6835 sur le transport maritime des animaux, publié en mai 2020 par la DG santé, révèle en effet une série de graves problèmes de bien-être et de non-conformité aux stades maritimes des exportations et indique notamment que pour la plupart des voyages, les carnets de route approuvés mentionnent à tort le port de sortie de l’UE comme destination finale. Ceci signifie que les autorités ne considèrent pas le trajet routier et le trajet maritime comme les éléments d’un même voyage et que les organisateurs du voyage ne déclarent pas la partie maritime du trajet, considérant alors que le trajet s’arrête au port. Selon la Commission européenne, cela crée une incertitude juridique quant à la responsabilité du pays organisant le départ des animaux vers les pays tiers concernant la protection des animaux pendant le transport maritime.

Monsieur le Député Pierre Cabaré souhaiterait savoir, d’une part quelle proportion des camions au départ de France et déchargeant des animaux dans les ports français mentionnent des pays tiers comme lieu de destination, d’autre part si les départs de bateaux des ports français vers les pays tiers sont systématiquement autorisés par les services vétérinaires français et accompagnés d’un carnet de route mentionnant le lieu de destination des animaux ?

Et voici le texte de la réponse de M. Julien Denormandie, nouveau Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation (réponse n°7257 publiée au JO du 20.10.2020) :

La protection des animaux et l’amélioration de leur bien-être à toutes les étapes de leur vie est une priorité du Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation. Les conditions dans lesquelles s’effectue le transport des animaux peuvent considérablement impacter leur bien-être, c’est pourquoi il existe une réglementation européenne harmonisée, dont la responsabilité de la mise en œuvre incombe à chaque État membre. La Commission européenne a réalisé des audits dans plusieurs États membres et pointé du doigt des irrégularités importantes lors des expéditions par voie maritime d’animaux vers des pays tiers.

La France ne figure pas au nombre des pays concernés puisqu’elle ne devrait être auditée par la Commission qu’à l’automne 2020. Il demeure toutefois prioritaire pour le Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation d’œuvrer à un plus grand respect de la réglementation existante en la matière afin de garantir des conditions de transports d’animaux conformes. À cet effet, le Ministre de l’Agriculture et de l’alimentation a annoncé en début d’année un renforcement des contrôles ciblant en priorité les exportations et les échanges intra-européens donnant lieu à des transports de plus de 8 heures.

Pour améliorer la fréquence des contrôles au chargement dans les camions sur les lieux de départ et à bord des navires aux points de sortie de l’Union européenne (UE), au titre de la réglementation relative à la protection animale, un travail juridique est encours au ministère de l’agriculture et de l’alimentation. La possibilité de désigner des vétérinaires privés pour les réaliser fait en effet partie des engagements que la France a pris auprès de la Commission européenne, suite aux conclusions de ses derniers audits. Dans le cadre du transport maritime, la compétence juridique de la France en matière de contrôles s’arrête au moment où les animaux embarquent sur les navires, qui sont une extension du territoire des pays tiers des pavillons sous lesquels ils sont enregistrés.

Les services du ministère conduisent actuellement un travail d’optimisation du recueil d’informations sur les conditions de traversée, sur l’état des animaux au débarquement dans les ports des pays tiers et sur le résultat des contrôles officiels éventuellement réalisés au déchargement dans les ports des pays tiers de destination. Des contrôles sont déjà conduits à ce jour aux points de sortie de l’UE et portent sur les conditions de transport routier à l’arrivée des animaux au point de sortie,sur le navire à vide avant autorisation de chargement (les navires bétaillers étant par ailleurs soumis à agrément préalable), et également sur le chargement des animaux à bord de ces navires.

Tous les animaux font l’objet d’un contrôle d’aptitude au transport entre leur arrivée au port et leur embarquement sur les navires, par des vétérinaires privés, le cas échéant. À la suite du contrôle des navires à vide, plusieurs refus de chargement ont été prononcés ces dernières années, notamment pour cause d’équipement pouvant être source de blessures ou en raison de systèmes d’abreuvement ou de ventilation défectueux. Des opérateurs ont été mis en demeure d’effectuer des réparations immédiates avant de pouvoir procéder au chargement des animaux sur des navires, dans le respect des exigences du règlement (CE) n° 1/2005, relatif à la protection des animaux pendant le transport et les opérations annexes. En parallèle, le dispositif national de sanctions est en cours d’adaptation pour permettre de réprimer pénalement toutes les infractions aux dispositions du règlement (CE) n° 1/2005.

Pierre Cabaré / Député de la Haute-Garonne

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