Les baskets en France : 450 millions de paires annuelles que je voudrais voir produire sur le sol français ! / publié le 22.06.2021

Le 22 juin 2021, j’ai reçu un courriel très instructif de Pierre C. à propos du marché des « baskets » en France. Les marques appartiennent certes à des industriels occidentaux, mais la fabrication d’une très grande partie des 450 millions de paires que nous achetons chaque année en France est sous-traitée dans des pays dont les salaires sont très bas, en respectant ni l’environnement ni les droits de l’homme, et en faisant même parfois travailler des enfants ! En France, nous avons sur ce créneau de la chaussure un savoir-faire historique qui ne demanderait qu’à être remis au goût du jour, et j’ai la conviction que des startups talentueuses seraient capables de susciter rapidement un engouement pour des baskets ou espadrilles produites sur le sol français, à partir de matières premières recyclables et non nocives pour l’homme et la nature ! Voici le texte intégral du courriel de Pierre C. :

« Avec un chiffre d’affaires de 70 milliards de dollars, le marché de la chaussure basket (ou sneaker) est majoritairement aux mains d’industriels occidentaux. En France, 450 millions de paires de basket sont vendues chaque année, soit près d’une paire de chaussures sur deux. Comme le blue-jean qu’elle complète, vestimentairement parlant, les baskets ne s’avèrent pas des chaussures «friendly» pour l’environnement. Pour obtenir des marges bénéficiaires importantes et des prix de vente réduits, la basket est faite de matières agressives et par une main d’œuvre «low cost» exploitée. Ces chaussures sont constituées de cuirs tannés au chrome et provenant de troupeaux brésiliens à l’origine de la déforestation amazonienne, de toiles de coton pakistanais gorgé de pesticides et d’eau, de fibres acryliques au benzène et de colles solvant. S’ajoute le travail délocalisé des enfants et de minorités asiatiques pauvres. En fin de vie, pas de recyclage envisageable pour les chaussures. Prises entre l’opinion publique occidentale et le chantage financier et politique pratiqué par les pays sous-traitants, comme le boycott exercé par la Chine en représailles des protestations internationales soutenant les minorités chinoises Ouighours brimées, les firmes occidentales «verdissent» la production des chaussures en, utilisant des matières renouvelables et relocalisent en grande partie leur confection en Europe (Portugal, Italie, France). Aujourd’hui, les plus grandes marques de chaussures sportives conçoivent leurs baskets avec du cuir tanné à l’acacia, du latex végétal d’hévéas sauvages (pour valoriser et préserver la forêt amazonienne), des lacets de corde, de la toile de coton bio, des colles sans solvant, des talons en bois, des semelles extérieures en pneus recyclés ou en biopolymère issu d’algues, des semelles intérieures en liège, etc. La basket se plie elle-même à certaines philosophies de vie, comme le véganisme, en éliminant toute matière d’origine animale telle que le cuir, certaines colles et même en supprimant l’usage du coton grâce au tencel (pulpe de bois). Le basket «renouvelable», à un prix abordable, est désormais recyclable et de qualité supérieure à ce qu’elle était. Sachant qu’il est possible de produire ces chaussures localement en respectant les droits internationaux du travail et en utilisant essentiellement des matières renouvelables sans impact sur l’environnement, il serait incompréhensible que les industriels occidentaux continuent d’alimenter le marché avec des souliers ne respectant ni la nature ni les hommes.

Et pourquoi ne pas revenir au quotidien à la sandale ou mieux à l’espadrille dite basque ou landaise ?

Cette « savate tous terrains et tous temps », bon marché, faite de tissu, de cordes et de bois, conviendrait et relocaliserait sa production modernisée en France où Mauléon fut jadis le temple de l’espadrille. Les nouvelles collections de mode ont déjà convaincu les élégantes. Il resterait à convaincre le grand public par des campagnes de promotion. Il serait bon que les organisateurs des JO de Paris 2024 et des futurs championnats sportifs se déroulant en France, retiennent les sponsors de chaussures et vêtements sportifs en matières renouvelables, recyclables et respectant les lois internationales du travail. »

 

Pierre Cabaré / Député de la Haute-Garonne

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