2 jours de débats passionnés (et passionnants) au sein de l'Hôtel de la Région Occitanie à Toulouse

Le 17 septembre dernier, nous étions présents aux Rencontres Internationales Air & Santé organisées à Toulouse à l’Hôtel de Région, autour du thème suivant : «Changement climatique : quel impact sur la Santé ?». A l’échelle de la planète, la pollution de l’air provoque   7 millions de décès chaque année. Urgence absolue.

Chacun a le droit de respirer un air qui ne nuise pas à sa santé

En France, la pollution de l’air est la deuxième cause de mortalité, derrière le tabac : pas moins de 67000 décès par an (1 toutes les 10 mn). La lutte contre ce fléau progresse, mais sûrement pas assez vite, car ces dernières années, autant le paquet a été mis sur la qualité de l’eau (plus visible), autant la qualité de l’air est restée le parent pauvre des grandes causes nationales. L’air est un pollueur silencieux

redoutable ! Non seulement la facture de la pollution de l’air s’élève chaque année à plus de 100 milliards d’€, et mais en plus, 97% de cette dépense colossale est engloutie dans des actions curatives (guérir les maladies…), et non préventives (changer les comportements pour éradiquer le mal à la source).

A l’extérieur comme à l’intérieur, l’air est pollué

Chaque jour qui passe, chaque décideur en matière de réduction de la pollution de l’air devrait se poser la question suivante : combien ai-je sauvé de vies aujourd’hui en prenant de bonnes décisions ? C’est l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) qui parle ainsi. La limite de ce genre de colloque, c’est que 100% de l’assistance est par définition acquise à la cause de la réduction de la pollution de l’air. En sortant

de telles rencontres, l’enjeu est que chaque participant n’ait qu’une idée en tête : «évangéliser» autour de lui, convaincre les «air pollué – sceptiques» que le développement durable de la planète passe aussi par la case «réduction de la pollution de l’air», que ce soit l’air que l’on respire à l’extérieur ou à l’intérieur des habitations. Car ces 2 contextes génèrent chacun la moitié de la pollution.

Région, OMS, Union Européenne, Associations, Ministère de l'Ecologie... Un seul mot d'ordre : agir !

On en sait largement assez pour agir !

Comme disait Antoine de Saint-Exupéry : «Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible». Les premières alertes sur la pollution de l’air remontent aux années 1930. Le phénomène ne date pas d’hier. On en sait largement assez pour agir, ne cessent de marteler les responsables de l’OMS. Car l’être humain réagit un peu comme une éponge : tous les polluants présents dans la nature, il les absorbe. Fort heureusement, les lanceurs d’alerte se

multiplient et poussent les décideurs nationaux et internationaux à accélérer la prise de bonnes décisions. Dans notre région par exemple, les Ariégeois ont réussi à alerter l’opinion publique sur les dangers du glyphosate, en multipliant les analyses d’urine. A Sète, les habitants ont dénoncé la pollution issue des gigantesques paquebots de croisière qui font escale dans le port. Dans l’Aude, c’est la pollution des anciennes mines d’or qui a été mise à l’index, etc.

Air/climat/énergie/santé : à quand des politiques concertées sur ces 4 leviers ?

Que fait l’Europe, face aux 400 000 décès annuels inhérents à la pollution de l’air ? Jusqu’à présent, les seuils de pollution de l’air retenus par l’Union Européenne (UE) n’étaient pas au niveau de ceux de l’OMS. Ils tendent aujourd’hui à s’en rapprocher. Forte de sa déclaration de 1998 («Une Europe qui protège = de l’air pur pour tous»), l’UE a commencé à sanctionner les Etats qui, par exemple, ne prévoient aucun dispositif de protection lors des pics de pollution. Pas moins de trente infractions leurs ont été officiellement signifiées ces dernières années, mais sans sanction financière pour l’instant. Et tant qu’on ne touche pas au portefeuille…

Air/climat/énergie/santé : il convient maintenant de faire converger les politiques publiques dans ces 4 domaines étroitement liés, comme le souligne l’Association France Nature Environnement. A cet égard, il est encourageant de constater qu’en matière d’écologie, les grands industriels préfèrent intégrer de nouvelles contraintes règlementaires plutôt que fiscales, car ils estiment qu’une exigence accrue de la réglementation pousse l’ensemble d’une filière économique à s’améliorer, au lieu que chacun ne se préoccupe que de son pré carré.

Des transports en commun sur-mesure pour réduire la pollution

En tant que Député de la Haute-Garonne, je me bats constamment pour développer des transports en commun susceptibles de réduire considérablement la pollution de l’air. A Toulouse par exemple, chacun doit savoir que, malgré une troisième voie de circulation bientôt en service sur toute la rocade, dès 2030, le trafic sera à nouveau saturé, et la facture de la pollution de l’air se sera encore alourdie entre aujourd’hui et 2030. Seule une politique ambitieuse et

anticipatrice en matière de transports en commun, en capitalisant par exemple sur la réussite de la stratégie ferroviaire de nos voisins suisses, sera susceptible de nous permettre de respirer un air occitanien plus pur, et de mettre nos proches à l’abri des dégâts que cette pollution provoque sur la santé. Je médite souvent ce constat factuel : la Finlande est N°1 mondial à la fois pour la qualité de l’air et pour l’indice du bonheur. Une corrélation prometteuse ?

Pierre Cabaré / Député de la Haute-Garonne

*Jean-François Husson, Sénateur de Meurthe-et-Moselle, Président de la commission d’enquête créée en 2015 sur le coût économique et financier de la pollution de l’air.