Insécurité : coup de gueule de Pierre Cabaré dans « Valeurs Actuelles » ! / publié le 8.03.2021

Le 4 mars 2021, j’ai été interviewé par un journaliste du magazine d’information national « Valeurs Actuelles » sur le thème de l’insécurité dans la 1ère circonscription dont je suis le député, suite à l’interview que j’avais accordée 48h plus tôt au media en ligne « Actu Toulouse ». Voici le texte de cet article écrit et publié en ligne le 5 mars par le journaliste Nicolas Boutin, en espérant surtout que cette médiatisation du problème fasse enfin bouger les lignes :

Insécurité : « Il y a urgence », un député alerte sur l’état de sa circonscription 
Elu en 2017 dans la 1ère circonscription de Haute-Garonne, Pierre Cabaré fait parti des nouveaux députés de la République en Marche issus de la société civile. Après une première année passée à s’adapter aux arcanes de la politique, il a décidé de pointer du doigt les problématiques du terrain. Particulièrement sur l’insécurité.  
A Toulouse, les quartiers du Mirail ou des Izards font souvent les gros titres pour évoquer l’implantation des trafiquants de drogue. Mais moins connus sont les quartiers périphériques où la délinquance explose ces dernières années. A Blagnac, située au nord-ouest de Toulouse, la ville est connue pour son aéroport international, les usines Airbus et les employés qui s’y sont installés. Il faut être un initié pour savoir que le long de la ligne de tramway qui dessert la ville de 23.000 habitants, s’enchaînent tout un tas de points de deals.  
Place des Marronniers, les Arcades, la Patinoire, place de la Catalogne, où le week-end dernier un jeune homme a été tué par balle, ou encore le quartier Barradels qui abrite un tas d’habitants désespérés de la présence des dealers au bas de l’immeuble. Un jour, ces « mamies » sont allées voir le député dans sa permanence. « J’ai proposé de tous se réunir », nous raconte Pierre Cabaré. Au fil des réunions, l’élu prend l’initiative d’aller « tous ensemble dans la rue » pour aller « au contact des dealers ».  
Il tombe en flagrant délit de deal 
« Bonjour monsieur, je suis le député, je voudrais vous informer qu’ici comme ailleurs on fait des lois et j’aime qu’elles soient respectées », s’adresse-t-il à l’un des badauds présents sur le point de deal. « Pourquoi me dîtes-vous cela ? », lui répond-t-il. « Pour que vous le dîtes à tous vos amis », enchaîne l’élu. « Ça a sécurisé ces habitants qui pour la première fois ont vu quelqu’un faire quelque chose pour eux », se félicite Pierre Cabaré. « Ils veulent terroriser les gens, ils ne vivent que par cette terreur », rapporte-t-il. 
Ce n’est pas la première fois que le député va au contact des dealers. Le 13 mars 2020, Pierre Cabaré et son assistant parlementaire arpentent les rues de Blagnac à vélo, jusqu’à tomber sur un deal en direct. « Je vois le dealer remettre sa came dans une gouttière », raconte le parlementaire qui, ni une ni deux, s’empare du produit. « Ça a été comme un réflexe », se souvient-il. Il se réfugie alors dans les locaux de la Caisse d’allocations familiales et appelle la police. « Elle met 40 minutes à arriver », déplore le député de la majorité.  
Des stages d’éducation pour les jeunes délinquants ?  
« Cela fait un moment que l’insécurité m’agace », confie Pierre Cabaré qui était jusque-là « empêché » de le dire. Par qui ? « Souvent par soi-même », reconnait-il. « Je ne suis pas du sérail politique, on se demande si c’est le lieu, le moment, si on ne va pas raconter n’importe quoi », explique l’élu. Mais aujourd’hui, il a décidé de ne plus se taire et de proposer des solutions pour lutter contre ce fléau qui touche sa circonscription. Et pour cela, il mise sur l’éducation. Une fois par mois, le député intervient une après-midi dans une école. « L’année dernière j’ai demandé aux jeunes de réfléchir sur le mot liberté, cette année sur l’éducation », rapporte le parlementaire.  
Résultat de ces dialogues, « on voit bien que les jeunes ont envie qu’on applique les règles, mais on ne les applique pas », regrette Pierre Cabaré. « On vit dans un monde où personne ne leur a appris ces règles et ce qu’ils risquent en les enfreignant », déplore-t-il. Le député propose la création de « stages d’éducation à la République », « les automobilistes en ont bien un lorsqu’ils grillent un feu rouge ». Une période d’une semaine, « pourquoi pas en internat », où les enfants seraient invités à réfléchir mais aussi apprendre les règles. « On va leur dire qu’ils valent mieux que ce qu’ils font, en expliquant que la prochaine fois ce sera très différent », présente l’élu qui appelle à « une graduation des peines » et une accélération de la justice. « On ne peut pas juger trois ans après des voies de faits », estime-t-il. Un projet de loi devrait être déposé dans les prochaines semaines par le député de Haute-Garonne.  
L’immigration illégale, outil des dealers 
Au-delà de l’éducation, l’élu de la majorité présidentielle reconnaît l’impact de l’immigration illégale. Un sujet particulièrement important dans sa circonscription qui abrite le centre de rétention administratif. « En France, ils sont abrités dans les cités et deviennent les esclaves des dealers », rapporte Pierre Cabaré. Transport, livraisons, ils sont partis prenantes de l’uberisation du trafic de stupéfiants. « Ils ont le gîte et le couvert et se croient protégés », ajoute-t-il.  
Face à ce phénomène, pas question de taper sur la police, souvent impuissante. « Elle n’a qu’une envie : faire son métier et le faire bien », assure Pierre Cabaré qui milite pour le retour d’un commissariat sur sa commune. « Je l’attend toujours, même s’il y a eu une réorganisation », estime le député. Le nœud du problème se trouverait dans l’application des lois. « Sortons les lois que nous ne pouvons pas appliquer », recommande-t-il. Bien plus qu’un simple député qui « lève ou baisse la main pour voter », l’élu toulousain souhaite « aller sur le terrain et arriver dans l’hémicycle avec des réflexions abouties fidèles à la réalité ».  
De la drogue au proxénétisme et au terrorisme 
A Toulouse aussi les trafiquants en tout genre gagnent du terrain. Au centre-ville, ils bénéficient même d’un bastion, à deux pas de la basilique Saint-Sernin et à 10 minutes à pied du Capitole : la place Arnaud-Bernard. Un quartier vanté pour sa mixité et son côté populaire mais qui devient, années après années un ghetto. Dans les rues adjacentes, « ce sont des bagarres, des dealers et même un lieu de prière » qui avait été pointé du doigt par la municipalité. Cannabis, cocaïne ou comprimés, tout se trouve à bas prix sur cette place, surveillée régulièrement en vain par les forces de l’ordre. « Les mêmes réseaux font de la prostitution, du trafic d’armes, de cigarettes ou sont en lien avec les réseaux terroristes », explique Pierre Cabaré.  
Des armes, on en retrouve jusqu’à Blagnac, « bien sûr dans une quantité moindre qu’aux Izards ou à la Reynerie », précise le député qui raconte qu’un soir, alors qu’il patrouillait en compagnie de la Brigade anticriminalité, ils sont tombés « sur des gamins de 12-13 ans qui portaient un sac rempli de cartouches de gros calibres ». A Blagnac comme sur la place Arnaud-Bernard, le député appelle « à des opérations plus contraignantes », passant notamment par le contrôle d’identité. « Beaucoup n’ont pas à être là, on les garde parce que qu’on ne sait pas d’où ils viennent », déplore-t-il, misant sur la « sévérité ».  
Des quartiers et des écoles paupérisés 
La ville de l’aéronautique subit de plein fouet le prolongement des quartiers sensibles toulousains, notamment le Mirail, saturé. Désormais, ils sont nombreux à s’installer dans des villes périphériques de l’ouest toulousain comme Muret, Cugnaux, Tournefeuille et Blagnac. « On assiste à un phénomène de paupérisation des quartiers », déplore le député qui ne souhaite pas pour autant les abandonner « sous prétexte qu’il y a de la délinquance ».  
Dans les écoles de la ville, la mixité a laissé place à une autre paupérisation. « Un témoignage me rapporte qu’à la cantine, des enfants de CE1 se sont levé et ont crié tous en chœur ‘ne mangez pas ça, vous finirez en enfer’ », raconte le député qui ne veut pas « laisser faire ça ». A l’école René-Cassin de Blagnac, les enseignants lancent un cri d’alarme pour davantage de mixité. « Ils ne veulent pas avoir qu’une seule population », confie l’élu. Un phénomène qui s’explique par le départ d’une partie des habitants, fuyant cette paupérisation et la délinquance ambiante. « On fait rentrer d’autres populations et on perd la mixité », regrette-t-il.  
Malgré la situation alarmante, Pierre Cabaré ne veut pas sombrer dans le fatalisme. « Je suis un obstiné, nous n’allons pas donné les clés de nos maisons », assure-t-il. S’il en appelle aux collectivités locales à se pencher sur la question de la sécurité, « en dépit des étiquettes politiques qu’on y accole », il fait également confiance à son ministre de l’Intérieur. « Il a cerné le problème », affirme le député qui estime que l’on peut « doubler voire tripler les moyens pour arriver à terme ».  

Pierre Cabaré / Député de la Haute-Garonne

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