Suite au forum du 4 octobre dédié à l’école inclusive, le Groupement Interassociatif Scolarisation et Handicap (GISH 31) a organisé le 22 novembre 2019 un nouveau forum portant cette fois-ci sur l’après-scolarité : l’emploi inclusif. Comment mieux intégrer les jeunes en situation de handicap sur le marché du travail «normal», au lieu de les placer d’office en Etablissement et Service d’Aide par le Travail (ESAT) via un emploi protégé ? Tour d’horizon des dispositifs d’insertion disponibles en Haute-Garonne, et de la réalité de leur action sur le terrain.

Zoom sur la Mission Locale 31, généraliste de l’accompagnement vers l’emploi

De nombreuses structures interviennent dans l’accompagnement vers l’emploi des jeunes en situation de handicap. Parmi elles, la Mission Locale 31 (émanation du Conseil Départemental 31) qui n’a pas à proprement parler d’équipes dédiées aux jeunes en situation de handicap puisque ses agents sont polyvalents : ils accompagnent les jeunes, qu’ils soient valides ou en situation de handicap.

La Mission Locale 31 passe des conventions avec la Maison Départementale des Personnes Handicapées de la Haute-Garonne (MDPH 31), et fait appel à l’AGEFIPH (Association de GEstion des Fonds pour l’Insertion professionnelle des Personnes Handicapées) pour des financements spécifiques. Elle est également partenaire de Handiciviq et de Cap Emploi 31.

Service Civique : tremplin vers l’emploi pour les jeunes en situation de handicap ?

Justement, parlons du projet Handiciviq. Il est porté en Occitanie par l’Union Française des Centres de Vacances (UFCV). Début 2018, le constat dressé sur les 7 premières années du service civique a été sans appel : seul 1% des jeunes entre 16 et 25 ans s’y étant engagés étaient en situation de handicap. D’où la mise en place courant 2018 d’un accompagnement spécifique en faveur des jeunes porteurs d’un handicap lors de la phase de recrutement pour bien cerner l’adéquation entre leurs profils et les postes disponibles.

Rappelons que les jeunes qui optent pour le service civique s’engagent pour une durée de 6 à 12 mois, avec un temps de travail hebdomadaire de 24h (20h pour les jeunes en situation de handicap), moyennant une indemnité mensuelle de 580€ nets qui est versée -précision très importante- en plus de toutes les allocations que perçoit déjà le jeune. Pour sa première année de fonctionnement, Handiciviq a accompagné 40 projets d’engagement présentés par des jeunes en situation de handicap.

1753 personnes en situation de handicap accueillies en 2018 par Cap Emploi 31

Autre structure partenaire de la Mission Locale 31 : Cap Emploi 31. Emanation de l’association à but non lucratif Handipro 31, elle a été investie d’une mission de service public, avec une équipe de 60 personnes dont la zone d’action se limite à l’agglomération toulousaine, le sud du département étant géré par Cap Emploi 09 et le nord par Cap Emploi 82. Cap Emploi 31 agit sur le terrain en tant que cotraitant de Pôle Emploi, en charge du suivi des bénéficiaires de l’obligation d’emploi. En premier lieu, Cap Emploi 31 vérifie la clarté du projet professionnel du candidat en situation de handicap. Dans 75% des cas, il nécessite d’être approfondi, soit parce qu’il est quasi-

inexistant, soit parce qu’il n’est pas assez précis, soit parce qu’il n’est pas adapté. Ce diagnostic débouche parfois sur des besoins en formation, d’où l’identification de modules et de financements. Pour la mise en relation des demandeurs d’emploi avec les recruteurs, Cap Emploi 31 dispose d’un fichier d’entreprises ayant l’habitude d’accueillir des personnes en situation de handicap. Et pour ceux qui sont déjà en poste, un service de sécurisation de l’emploi veille à ce que les conditions d’exercice du poste restent optimales sur la durée. En 2018, Cap Emploi 31 a accompagné 1753 personnes.

L’ARS milite pour le décloisonnement entre emploi normal et emploi protégé

Autre acteur de l’accompagnement professionnel des jeunes en situation de handicap : l’Agence Régionale de Santé Occitanie (ARS) qui rappelle avant toute chose le changement de paradigme opéré depuis 2005, qui consiste à les évaluer selon leurs capacités, et non plus selon leurs incapacités. Depuis peu, les 122 ESAT d’Occitanie, dont 18 en Haute-Garonne,  ont été positionnés en tant qu’acteurs-clé pour faire évoluer un salarié d’un emploi protégé vers un emploi «normal», et vice versa, dans le but de décloisonner avec

volontarisme les univers protégés et normaux. L’ARS finance les établissements médico-sociaux qui assurent le suivi médical régulier des personnes en situation de handicap, afin de favoriser un parcours professionnel sans rupture. En résumé, l’ARS accompagne médicalement les personnes en situation de handicap du tout premier emploi jusqu’à leur départ en retraite, avec une attention toute particulière portée sur les jeunes en phase de «primo-emploi».

Etre autiste et salarié en CDI dans une entreprise « normale », c’est possible

L’un des points d’orgue du Forum a été sans conteste la présentation du dispositif Entreprise Inclusive 31. Tous les participants ont ainsi pu toucher du doigt l’accompagnement multiforme du dispositif, qu’il s’agisse de logement, de santé, de mobilité, et bien sûr d’emploi. Le cas concret du parcours remarquable de Matthieu, jeune autiste, illustré par les 3 vidéos ci-dessus, l’une présentant son CV, l’autre axé sur la présentation de l’entreprise d’accueil, et la 3ème portant sur l’intégration de Matthieu dans cette entreprise, a montré que tous les espoirs étaient permis, mais à condition d’y mettre le paquet en

matière d’accompagnement. Titulaire d’un bac pro informatique, après un an de préparatifs, Matthieu a intégré avec succès une entreprise informatique en bénéficiant d’un CDI de 35h, alors qu’à la base, il est tout simplement incapable de dialoguer normalement avec autrui. Actuellement, 72 jeunes sont suivis par ce dispositif. Ce n’est certes pas un chiffre impressionnant, mais ce sont 72 jeunes bien partis pour réussir leur pari et leur projet, alors que sur la ligne de départ, ils partaient de très loin.

Ne plus juger le handicap, mais plutôt les compétences

A la Mairie de Toulouse, la Mission Handicap Toulouse parvient à faire progresser régulièrement le taux d’agents en situation de handicap (actuellement 6,15% à Toulouse Métropole et 7,84% à la Mairie). Que le handicap se voit ou non, peu importe, martèle l’intervenant, car 90% des handicaps sont invisibles à l’œil. Et de citer le cas de ce directeur général adjoint d’une importante collectivité territoriale de la Haute-Garonne qui est en fauteuil roulant. Ne plus juger le handicap, mais les compétences, cela passe aussi par

des actions de sensibilisation des agents valides : par exemple, passer une journée sur un fauteuil roulant pour toucher du doigt la fatigue et les courbatures que cela génère. L’une des pistes de progrès récemment identifiée porte sur les stages proposés aux jeunes en situation de handicap : plutôt que de multiplier les stages de découverte, l’accent sera dorénavant mis sur des stages pratiques, véritables tremplins vers l’emploi.

La MDPH 31 mise sur les ESAT pour préparer les jeunes porteurs de handicap à réussir sur le marché «normal» du travail

Dernière intervention de la journée, celle de la personne référente à la MDPH 31 en matière d’insertion professionnelle. Rien de franchement nouveau par rapport aux dispositifs décrits précédemment, sinon que la MDPH 31 affiche clairement que l’ESAT est un point d’appui incontournable dans de nombreux cas : permettre aux jeunes de faire un stage de découverte sur un métier, viser l’obtention d’un CAP, passer le permis de conduire, se préparer à une évolution vers un emploi dans une entreprise «normale»… D’autre part, la MDPH 31 porte une attention particulière aux

personnes en arrêt de maladie longue durée, en dressant un diagnostic de chaque situation avec toutes les parties prenantes, pour identifier le ou les scénarios les plus plausibles pour l’avenir des personnes concernées. Par ailleurs, une équipe pluridisciplinaire s’efforce de remettre sur de bons rails tous les jeunes entre 16 et 25 ans en situation de handicap qui, pour des raisons diverses, sont tellement découragés qu’ils ne vont plus par eux-mêmes vers les dispositifs d’insertion professionnelle.

Le plus urgent, c’est de changer notre regard sur le handicap

On le voit donc, sur le papier, le département de la Haute-Garonne est particulièrement riche en dispositifs d’insertion professionnelle pour les personnes en situation de handicap. Mais en tant que Député, je constate qu’il y a parfois un décalage entre, d’un côté, les discours et les lois, et de l’autre, la réalité du terrain : nous devons encore progresser en matière de bienveillance et d’ouverture d’esprit

en faveur des personnes porteuses de handicap. Or, chacune de ces femmes, chacun de ces hommes, n’aspirent qu’à une chose : être citoyen(ne) à part entière, vivre comme tout le monde, et non se heurter à un monde d’exclusion où tout est compliqué, interdit, voire empêché.

Pierre Cabaré / Député de la Haute-Garonne